La Mezzanine du bâtiment O de l’université Rennes 2 accueille l’exposition Queen Energy du 30 avril au 28 septembre 2026. Ce projet universitaire invite à découvrir 11 rappeuses nord-américaines qui ont marqué l’histoire du genre, des artistes inspirantes, puissantes et essentielles à la mémoire du rap.
Alors que le festival Dooinit s’est achevé il y a quelques semaines à Rennes, un nouvel événement remet en lumière une autre histoire du hip-hop américain. L’exposition consacrée au rap féminin a été conçue par Barbara Berthelot, Tamar Doliashvili et Shona Ridard, étudiantes en master Langues et sociétés, parcours Amérique, à l’université Rennes 2.

Quand on pense au rap américain, ce sont souvent les grands noms masculins qui viennent d’abord à l’esprit : Tupac et Eminem en tête. Pourtant, des femmes ont elles aussi profondément marqué l’histoire du rap, souvent sans bénéficier de la même visibilité. Avec Queen Energy, Barbara, Tamar et Shona ont choisi de remettre ces trajectoires au premier plan en dressant le portrait de 11 rappeuses nord-américaines, des années 1980 à aujourd’hui.
À la manière de couvertures de magazines, les affiches conçues par Shona et Tamar présentent chaque artiste à travers des citations marquantes, des dates clés et des éléments de style. Parmi elles figure notamment Lil’ Kim, dont l’album Hard Core a contribué à imposer l’un des grands modèles du rap féminin moderne. « Elle peut parfois s’inscrire dans une veine rap-pop, comme avec le morceau “How Many Licks?” », souligne Barbara. Lil’ Kim a aussi joué de la sexualisation du corps pour parler, entre autres, de désir féminin et de réappropriation de l’image de soi. Shona ajoute : « Dans les années 2010, Nicky Minaj, puis plus tard Cardi B, ont également utilisé leur image pour montrer et assumer leur féminité. » Une manière de reprendre possession d’un corps féminin si souvent réduit au rang d’objet dans l’imaginaire visuel dominant du rap.
Queen Latifah, elle, fait partie des pionnières du rap féminin à la fin des années 1980. Son flow, porté par des beats old school souvent teintés de soul et de jazz, s’accompagne de textes engagés sur l’émancipation des femmes, le respect et la dignité. Comme beaucoup d’artistes mises à l’honneur dans l’exposition, elle rappelle que le rap féminin n’est pas un appendice tardif du genre, mais l’une de ses forces historiques.
Une infographie comparative complète l’exposition et met en évidence les inégalités toujours à l’œuvre. En matière de visibilité, l’écart est saisissant. « Elles étaient présentes bien avant, mais on observe des pics de visibilité plus importants à partir de 2018. Ils restent d’ailleurs moins constants dans la durée », précise Barbara. Le constat vaut aussi pour les récompenses et la reconnaissance institutionnelle. Lauryn Hill a, par exemple, marqué l’histoire en remportant cinq Grammy Awards en une nuit pour son album solo The Miseducation of Lauryn Hill, là où des figures masculines comme Kendrick Lamar ont bénéficié d’une exposition et d’une consécration beaucoup plus continues – plus de vingt récompenses.


Sans prétendre à l’exhaustivité, Queen Energy entend avant tout réparer un angle mort. L’exposition célèbre avec clarté et conviction la puissance créatrice des femmes dans un univers encore largement raconté au masculin. Plus qu’un simple projet étudiant, elle agit comme un geste critique, une invitation à relire l’histoire du rap à partir de celles qui l’ont façonnée, déplacée, enrichie.
Infos pratiques :
Exposition Queen Energy
du 30 avril au 28 septembre 2026
Campus Villejean, La Mezzanine, bâtiment O
Université Rennes 2
Entrée libre
Horaires d’ouverture : du lundi au vendredi, de 8 h à 20 h.
