À Rennes 2, Campus Inside réunit sept courts-métrages documentaires réalisés par des étudiants pour raconter l’université de l’intérieur, entre création, fragilité et quotidien.
Du Tambour au campus Villejean, des couloirs aux restos U, des salles de cours aux présences discrètes qui font tenir le quotidien, Campus Inside : La jeunesse en mouvement capte quelque chose de très rennais et de très contemporain. Sept courts-métrages réalisés par des étudiants de Rennes 2 pour regarder autrement la vie universitaire, dans ce qu’elle a de concret, de fragile et d’inventif.
À Rennes, les campus ne sont pas seulement des lieux d’étude, de passage ou de diplomation. Ils sont aussi des mondes à part entière, traversés par les solitudes, les gestes quotidiens, les tensions administratives, les élans artistiques, les corps fatigués, les amitiés, les décrochages et les formes discrètes de solidarité. C’est cette matière vive que vient capter Campus Inside : La jeunesse en mouvement, une collection de sept courts-métrages documentaires projetée en avant-première mardi 21 avril 2026 à 19 h au Tambour, sur le campus Villejean de l’université Rennes 2.
Porté par sept étudiantes et étudiants du master cinéma « Écriture du réel » de Rennes 2, le projet entend donner à voir l’université depuis celles et ceux qui la vivent. Ici, pas de vision surplombante, pas de discours plaqué sur la jeunesse, mais un ensemble de films qui cherchent au contraire à déplacer les représentations. En filmant le quotidien des campus rennais, leurs espaces, leurs rites, leurs étrangetés, leurs fragilités aussi, Campus Inside propose un regard intime, incarné, souvent inventif, sur une micro-société en mouvement.
Le pari est double. Il s’agit d’abord de faire bouger les clichés qui collent à la jeunesse étudiante dans l’imaginaire collectif. Il s’agit ensuite de renouveler les formes de l’écriture documentaire, en faisant œuvre commune entre apprentis cinéastes et professionnels du cinéma. De fait, la collection affiche une belle liberté formelle. Animation, images réelles, approche musicale, chorégraphique, graphique ou plastique, chaque film affirme sa singularité et refuse les formats documentaires trop balisés. À travers ce mélange de genres et de langages, c’est une véritable géographie sensible des campus qui se dessine, mais aussi une sociologie intime de l’université.
Les films ont été tournés au cœur du quotidien étudiant, sur le campus Villejean de Rennes 2 ainsi que sur ceux de l’Université de Rennes. Le projet prend ainsi appui sur des lieux très concrets, souvent banals en apparence, mais qui deviennent sous l’œil des réalisateurs des espaces de récit, de friction ou de révélation.
Sept regards, sept formes, une même jeunesse en mouvement
Les sept films composent un ensemble disparate et cohérent à la fois. Mursmurs, de Maëlle Kouadio, part des graffitis inscrits sur les murs des toilettes universitaires pour en révéler la charge politique, intime et collective. Le film se glisse dans ces lieux ordinaires, presque invisibles, pour y lire autre chose qu’un décor vandalisé — une archive brute des libertés, des colères et des paroles anonymes.
Avec La petite souris, Scarlett Griffits déplace le regard vers un restaurant universitaire. On y suit Florence, une petite souris curieuse lancée à l’heure du déjeuner dans une quête de fromage, mais qui devient au passage la témoin indiscrète des ragots, des tensions avec les professeurs, des malaises et des dilemmes qui traversent la vie étudiante. Le dispositif semble léger, presque malicieux, mais il ouvre en réalité sur une observation acérée du campus comme théâtre social.
40 mails, de Lorena Borges, s’attaque pour sa part à l’absurde administratif. Le simple fait d’obtenir une carte d’étudiant devient ici une odyssée kafkaïenne, faite de courriels à répétition, de procédures labyrinthiques et d’une fatigue sourde que connaissent bien des usagers des grandes institutions. En quelques gestes, le film transforme une expérience très banale en petit récit ironique de la machine universitaire.
Dans Erreur 404, Emily Sino choisit l’animation pour dire un sentiment plus diffus, plus intérieur. Celui de la rentrée, du flottement, de la désorientation, de la foule au sein de laquelle on ne parvient pas à prendre place. Un personnage animé déambule dans un lieu fréquenté, tandis qu’une pensée obsédante affleure, simple et terrible — qu’est-ce que je fous là ? Sous son apparente modestie, le film touche à une expérience très partagée de l’université, celle du décalage intime au milieu du collectif.
Cette fragilité psychique se prolonge autrement dans Untranslatable, de Paula Velasco Santamaria. Le film suit Lorena, étudiante en master à Rennes 2, qui tente de suivre un cours mais se heurte à la saturation mentale. Le professeur parle, les autres participent, le cadre semble normal, et pourtant tout vacille. Le cœur s’accélère, la vision se brouille, les pensées se déchaînent. Au-delà du seul stress universitaire, le film met en lumière ce moment où l’esprit lui-même devient l’obstacle principal, et où le doute sur l’avenir ronge la possibilité même de continuer.
Avec L’harmony du Jazz et du Taï Chi, Mathieu Moyse emprunte une voie plus sensorielle. Son film met en regard une pratique énergétique chorégraphiée, le taï-chi, et la musicalité d’un big band de jazz. Par la répétition des gestes, l’attention aux rythmes, la circulation des souffles et des corps, il fait émerger une harmonie inattendue entre deux mondes. L’université n’y apparaît plus seulement comme un lieu de travail intellectuel, mais comme un espace où s’expérimentent aussi l’écoute, la présence et les équilibres du mouvement.
Enfin, Isabelle, de Bastien Pastor, déplace le centre de gravité du regard vers une figure essentielle et souvent reléguée dans l’ombre — une agente d’entretien titulaire du service public sur le campus Villejean. En faisant le portrait d’Isabelle, le film rend visible ce qui, dans la vie universitaire, tient aussi à celles et ceux qui nettoient, entretiennent, rendent possible le quotidien sans occuper le devant de la scène. C’est sans doute l’un des gestes les plus justes de l’ensemble : rappeler qu’un campus est aussi fait de présences silencieuses, d’usures physiques, de métiers invisibilisés.
Une autre image de l’université
Avec Campus Inside, Rennes 2 propose bien plus qu’une simple soirée de projection étudiante. Le projet affirme que l’université peut devenir un objet de cinéma, non pas comme institution abstraite, mais comme tissu vivant d’expériences, de contradictions, de fatigue, d’élan et de création. Il montre aussi qu’une jeunesse souvent décrite de l’extérieur peut reprendre la parole par l’image, inventer ses formes, documenter son propre monde et lui donner une densité qui échappe aux caricatures.
Cette aventure collective est une coproduction signée Quatre et Demi, Le CRÉA et l’association Scén’art, en partenariat avec TV Rennes, avec le soutien de Rennes Métropole. Elle a également bénéficié des financements du CROUS Bretagne et des Fonds de solidarité et de développement des initiatives étudiantes (FSDIE). À l’issue de la projection du 21 avril, un pot sera proposé.
Après l’avant-première du mardi 21 avril 2026 à 19 h au Tambour, Campus Inside : La jeunesse en mouvement sera également présenté jeudi 23 avril 2026 à 18 h 30 au 4bis, puis vendredi 29 mai 2026 à 19 h au 360, au 6 cours des Alliés à Rennes. Le projet doit aussi être télédiffusé sur TV Rennes.
Infos pratiques
Campus Inside : La jeunesse en mouvement
Avant-première le mardi 21 avril 2026 à 19 h
Le Tambour, campus de Villejean, université Rennes 2, Rennes
Ouverture des portes à 19 h
Projection suivie d’un pot
Autres projections et rencontres
Jeudi 23 avril 2026 à 18 h 30
Ciné-débat au 4bis, 4 bis cours des Alliés, 35000 Rennes
Vendredi 29 mai 2026 à 19 h
Projection-rencontre au 360, 6 cours des Alliés, 35000 Rennes
Télédiffusion annoncée sur TV Rennes.
