Exporama 2026 à Rennes. L’art contemporain comme décor et expérience de ville

12935
rennes exporama 2026

Chaque été, Rennes essaie autre chose qu’un simple habillage culturel de saison. Avec Exporama 2026, qui se déploie du 18 juin au 20 septembre 2026, la ville ne juxtapose pas des expositions comme on coche des rendez-vous dans un agenda. Elle compose un territoire esthétique, intellectuel et sensible où l’art contemporain cesse d’être une enclave pour redevenir une manière d’habiter, de circuler et de regarder.

La sixième édition de ce rendez-vous désormais bien installé rassemble une vingtaine de propositions portées par une vingtaine d’acteurs culturels rennais. Cela fait plus qu’un programme, presque la carte d’un écosystème. Et c’est peut-être là le plus intéressant. Exporama à Rennes ne donne pas seulement à voir des œuvres. Il donne aussi à lire une scène artistique qui se juge moins à son prestige qu’à la qualité de ses circulations, de ses frottements, de ses prises de risque et de ses porosités.

Peinture, photographie, street art, installations, parcours à ciel ouvert, propositions participatives… la manifestation s’inscrit dans Cet Été à Rennes et revendique un accès large, avec une majorité d’expositions gratuites ou proposées à petits prix. L’idée est simple, mais juste. Chacun peut composer son propre parcours, au fil des quartiers, des sensibilités et des curiosités, en profitant d’une ville où la plupart des sites sont desservis par le réseau STAR.

Roger Edgar Gillet, La Criée, le Frac, Les Champs Libres : les grands pôles d’une édition ambitieuse

Le Musée des beaux-arts de Rennes tient cette année l’un des temps forts les plus attendus avec Roger Edgar Gillet. La grande dérision, présentée du 27 juin au 20 septembre 2026 au quai Zola et à Maurepas. Il y a dans cette rétrospective quelque chose d’une réparation symbolique. Roger Edgar Gillet est de ces artistes majeurs que l’histoire de l’art reconnaît sans que le grand public ne les ait réellement rencontrés. Son œuvre, tendue entre abstraction et figuration, violence intérieure et puissance plastique, mérite cette reprise d’ampleur. En lien avec le Musée Estrine de Saint-Rémy-de-Provence, le musée rennais ne se contente pas d’exhumer un nom. Il redonne toute sa place à une peinture inquiète, rugueuse, libre, qui échappe aux classements trop sages.

Au centre d’art contemporain La Criée, l’exposition Bienvenue à La Criée. 40 ans de création et bien plus encore !, visible du 12 juin au 20 décembre 2026, évite l’écueil de l’autocélébration patrimoniale. Fêter quarante ans d’existence aurait pu conduire à un simple exercice commémoratif. Il n’en est rien. En confiant à plusieurs artistes la réalisation d’œuvres murales appuyées sur l’histoire du lieu, La Criée choisit de faire de son passé une matière active. L’institution y apparaît moins comme un coffre à archives que comme un lieu où les couches du temps continuent de produire des formes. C’est une belle manière de dire qu’un centre d’art ne vaut pas par son ancienneté, mais par sa capacité à rester disponible au présent.

rennes exporama 2026

Aux Champs Libres, deux expositions travaillent des registres très différents. La mer jamais ne s’oublie, du 28 avril au 20 septembre 2026, fait dialoguer Anita Conti avec quatre photographes contemporaines. L’ensemble propose un rapport au monde marin qui ne relève ni du folklore ni du simple émerveillement documentaire. La mer y devient mémoire, matière, fragilité, immensité. Le monde invisible, présenté du 19 mai au 11 octobre 2026, déplace quant à lui la perception elle-même. En croisant art et sciences, Flavien Théry et Fred Murie ne proposent pas un supplément pédagogique à la création, mais une véritable mise en crise du visible. Le réel y redevient problématique, traversé de forces, de phénomènes et de couches imperceptibles.

Au Frac Bretagne, l’été 2026 s’annonce particulièrement stimulant. Du 20 juin au 20 septembre 2026, l’institution présente deux expositions majeures, consacrées à Celina Eceiza et au Prix du Frac Bretagne – Art Norac, ainsi que deux accrochages dédiés à Céline Le Guillou et Bruno Munari. S’y ajoute Beauregard flottant, parcours installé dans le quartier Beauregard, accessible à toute heure à partir du 19 juin 2026 pour une durée d’un an. Ce geste de décentrement est important. Il rappelle que l’art contemporain n’a pas vocation à demeurer assigné à quelques boîtes blanches, mais peut irriguer les quartiers, accompagner les usages, déranger la routine visuelle du quotidien.

L’exposition consacrée à Celina Eceiza, dans la Grande Galerie, promet une immersion dans un univers où pièces textiles, dessins et sculptures cohabitent au sein d’installations sensibles, traversées par l’invisible, le mythique et le quotidien. Cette œuvre a la délicatesse des choses faites à la main et l’étrangeté des formes venues de loin, tout en restant ancrées dans l’expérience concrète. Dans la Petite Galerie, le Prix du Frac Bretagne – Art Norac rappelle le rôle structurel de l’institution dans le soutien à la scène bretonne et dans son inscription internationale. Le Frac n’expose pas seulement des œuvres. Il fabrique aussi des trajectoires.

rennes exporama 2026 exposition art contemporain

L’ancienne prison Jacques-Cartier, ou la puissance d’un lieu qui résiste à la neutralisation

Parmi les sites marquants d’Exporama 2026, l’ancienne prison Jacques-Cartier occupe une place à part. Du 19 juin au 26 juillet 2026, elle accueille l’exposition Collection 13 du Fonds communal d’art contemporain, réunissant les œuvres acquises par la Ville de Rennes en 2024 et 2025 auprès de vingt artistes vivant et travaillant à Rennes.

Le choix du lieu ne peut être considéré comme un simple contenant spectaculaire. Une prison n’est jamais neutre. Elle impose à toute exposition sa mémoire d’enfermement, ses rémanences institutionnelles, son poids spatial et symbolique. Présenter là un panorama de la création rennaise contemporaine produit davantage qu’un effet de contraste. Cela inscrit les œuvres dans un rapport de tension avec l’architecture, avec l’histoire, avec les imaginaires du contrôle et de la contrainte. Dans un tel espace, les formes respirent autrement. Elles ne se donnent pas comme un décor, mais comme une présence qui résiste, qui occupe, qui reconfigure.

prison Jacques-Cartier Rennes

40mcube, PHAKT, Lendroit, Oniris, Le M.U.R. : Rennes comme laboratoire diffus

Ce qui fait la valeur profonde d’Exporama, c’est aussi son réseau de lieux associés. Sans eux, l’événement ne serait qu’une vitrine. Avec eux, il devient un organisme. Au 40mcube, s3lf.tech, du 6 avril au 19 décembre 2026, prolonge la réflexion sur les cultures numériques, les usages du web et les effets des outils digitaux sur nos comportements. Émilie Brout et Maxime Marion travaillent depuis longtemps ces zones où l’histoire d’Internet rencontre la critique des interfaces, des automatismes et des fabriques contemporaines de la perception. L’exposition arrive à un moment où cette question n’est plus marginale, mais centrale. Comment nos outils nous regardent-ils pendant que nous croyons les regarder ?

Au PHAKT – Centre culturel Colombier, Sous le gazon viennent les décombres, du 3 juillet au 19 septembre 2026, fait exister un point de vue oblique sur les zones pavillonnaires et les friches urbaines. Aux Ateliers du Vent, Hors-sol, du 11 juin au 12 juillet 2026, prolonge le rôle crucial des collectifs dans la scène rennaise. Chez Lendroit éditions, deux expositions se déploient dans la galerie et sur d’anciens panneaux publicitaires de l’avenue Aristide Briand. Le geste est juste. Il déplace l’art vers les surfaces mêmes qui structurent notre quotidien visuel.

BASALT, avec Le complexe des flûtes sacrées, du 19 juin au 2 août 2026, fait dialoguer temps longs des objets symboliques et appropriations contemporaines. Noir Brillant, avec In board we trust, du 13 juin au 30 septembre 2026, invite Séverine Hubard à travailler in situ dans l’église, là où l’architecture impose elle aussi un rythme, une verticalité, une mémoire. Teenage Kicks, avec Présage, du 13 juin au 18 juillet 2026, donne à voir, à travers le travail de Jérôme Maillet, les tensions entre constructions humaines et milieux naturels.

Le M.U.R de Rennes confirme de son côté la place du street art et de l’intervention publique dans le parcours général. Au 34 rue Vasselot, l’artiste belge JAUNE investit le mur du 14 juin au 1er septembre 2026. Au Couvent des Jacobins, Jérôme Mesnager signe une intervention visible du 6 juin au 15 septembre 2026. La Galerie Oniris, qui fête ses 40 ans avec une exposition du 13 juin au 12 septembre 2026, rappelle enfin qu’Exporama s’appuie aussi sur des fidélités longues, sur des lieux qui ont durablement structuré la relation de Rennes à l’art contemporain. Cette profondeur historique protège l’événement du risque de superficialité estivale.

Une ville à parcourir plus qu’à consommer

Le mérite d’Exporama est peut-être là. Dans une époque saturée d’images, d’annonces et d’événements vite remplacés, le rendez-vous rennais garde une ambition plus subtile. Il ne cherche pas seulement à faire venir du monde devant des œuvres. Il propose de retisser des liens entre institutions, galeries, collectifs, espace public et quartiers. Il transforme la ville en parcours d’attention. Rennes n’y joue pas à la capitale culturelle d’été. Elle met en circulation un écosystème déjà vivant, avec ses lignes de force, ses fragilités et ses promesses.

Informations pratiques

Exporama 2026
Du 18 juin au 20 septembre 2026
À Rennes, dans toute la ville
Dans le cadre de Cet Été à Rennes

La majorité des propositions est gratuite ou proposée à petits prix. Les deux lieux payants, le Musée des beaux-arts – quai Zola et le Frac Bretagne, bénéficient d’un dispositif d’accessibilité renforcé : l’accès est gratuit pour les moins de 26 ans, les titulaires de la carte Sortir!, les bénéficiaires des minima sociaux et les personnes en situation de handicap. La plupart des sites sont desservis par le réseau STAR.

Les expositions dans les galeries et lieux associés

  • Les Ateliers du VentHors-sol
    Du 11 juin au 12 juillet 2026
    Six artistes ont été invités à participer à cette exposition collective, menée par le collectif des Ateliers du Vent en partenariat avec Capsule Galerie et Le Vivarium.
  • Lendroit éditions
    Deux expositions sont présentées à la galerie Lendroit du 20 juin au 19 septembre 2026 et sur d’anciens panneaux publicitaires 4×3, avenue Aristide Briand, du 1er juillet au 30 septembre 2026.
  • BASALTLe complexe des flûtes sacrées
    Du 19 juin au 2 août 2026
    Cette exposition propose de découvrir une sélection d’artistes actuels qui se sont emparés de cet instrument remontant à la nuit des temps.
  • PHAKT – Centre culturel ColombierSous le gazon viennent les décombres
    Du 3 juillet au 19 septembre 2026
    Fermeture estivale du 10 août au 22 août 2026.
    En se mettant dans la peau d’un robot de tonte ou d’une plante rudérale, les artistes Manon Riet et Thomas Portier parcourent les zones pavillonnaires et les friches urbaines.
  • ilta studioDes couleurs et du vent
    Du 4 juillet au 30 août 2026
    Le designer Victor Guérithault, créateur du Kite Lab, imagine une création autour du vent qui s’adapte à l’Orangerie Est du Thabor.
  • Noir BrillantIn board we trust
    Du 13 juin au 30 septembre 2026
    Pause estivale du 1er au 30 août.
    L’association Noir Brillant invite l’artiste Séverine Hubard à investir l’Église avec une œuvre in situ, en dialogue avec l’architecture du lieu.
  • Les Tombées de la NuitColorer la taule
    Les 2, 3 et 4 juillet 2026 à 22h45
    En partenariat avec Teenage Kicks et Spectaculaires, cette performance immersive visuelle et sonore réinterprète à l’ancienne prison Jacques-Cartier le projet Seconde Pot.
  • Les Ailes de CaïusWhere pavement dreams
    Du 4 juin au 31 août 2026
    Cette exposition propose une exploration photographique de la tension silencieuse entre nature et expansion urbaine à Cesson-Sévigné, avec une présence également au parc du Thabor.
  • Le M.U.R de Rennes#53 par JAUNE
    34 rue Vasselot – du 14 juin au 1er septembre 2026
    Performance de l’artiste belge JAUNE.
  • Le M.U.R de Rennes / Couvent des Jacobins
    2 rue d’Échange – du 6 juin au 15 septembre 2026
    Destination Rennes renouvelle la direction artistique du mur du Couvent des Jacobins avec une œuvre de Jérôme Mesnager.
  • Teenage KicksPrésage
    Du 13 juin au 18 juillet 2026
    Jérôme Maillet, artiste visuel nantais, questionne les interactions entre constructions humaines et milieux naturels.
  • Galerie OnirisOniris 40 ans
    Du 13 juin au 12 septembre 2026
    Ouverte en septembre 1986 avec une exposition de François Morellet, la galerie fête en 2026 ses quarante ans.
  • Galerie Jonathan RozeIci tout va bien. Nous profitons du paysage
    Du 1er juillet au 12 septembre 2026
    Cette exposition est consacrée à la carte postale, revisitée par une trentaine d’artistes contemporains.
  • L’Antre TempsSymbioses
    Du 7 mai au 11 juillet 2026
    Cette exposition célèbre la symbiose entre les êtres vivants et la nature à travers les œuvres de Mahée Auffret, Rocio Araya et Céline Boisgerault.
  • Galerie Tami
    Du 3 juin au 29 août 2026
    Le collectif Becky, qui réunit des artistes émergents autour de la création et de la diffusion de l’art contemporain, y présente une proposition autour de la céramique et du geste.