Géopoétiques à Ploumagoar. Quand la terre sort du cadre du FRAC

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Julie C. Fortier There’s No Place Like Home
Julie C. Fortier, There’s No Place Like Home, 2004. (détail) Fonds départemental d’art contemporain d’Ille-et-Vilaine © Julie C. Fortier. Crédit photographique - Jenny Mary.jpg

Du 4 avril au 23 mai 2026, PloumExpo accueille Géopoétiques, une exposition conçue avec le Frac Bretagne à partir d’œuvres issues de ses collections et du Fonds départemental d’art contemporain d’Ille-et-Vilaine. Pas de promenade illustrative ici, ni de paysage réduit à une jolie surface. Cette proposition prend le territoire là où il devient trouble, mental, mouvant. Elle rappelle qu’un lieu n’est jamais seulement ce que l’on voit, mais aussi ce que l’on projette, ce que l’on traverse, ce que l’on perd.

Géopoétiques part d’un mot séduisant, mais en évite le piège. Il ne s’agit pas de lyrisme facile sur la nature ou de célébration molle des territoires. L’exposition travaille plus finement. Elle met en tension la géographie et ce qui lui échappe, la carte et l’imaginaire, le sol et ses fictions. Le paysage cesse alors d’être un décor. Il devient une zone d’incertitude.

Dans le cadre de la saison culturelle de Ploumagoar consacrée à l’exploration, le choix est particulièrement juste. Explorer, ici, ne signifie pas conquérir ni inventorier. Explorer, c’est accepter qu’un espace résiste, qu’un lieu déborde ses contours, qu’un territoire ne se laisse jamais enfermer dans une seule lecture. C’est précisément là que l’exposition trouve sa tenue.

Photographie, sculpture, dessin, peinture, vidéo. Le parcours avance par frottements plus que par démonstration. Il ne plaque pas une thèse sur des œuvres dociles. Il laisse au contraire apparaître des sensibilités, des écarts, des régimes de regard différents. C’est ce qui lui donne son souffle.

L’exposition réunit des œuvres de Isabelle Arthuis, Aurore Bagarry, Marcel Broodthaers, Armelle Caron, Rémi Duprat, Harrell Fletcher, Julie C. Fortier, Hamish Fulton, Gabrielle Herveet, Peter A. Hutchinson, Guillaume Janot, Emma Kay, Pierre Labat, Céline Le Guillou, Helen Mirra, Benoît-Marie Moriceau et Katie Paterson. Une constellation plutôt qu’un bloc, et c’est heureux. Certains gestes relèvent de l’arpentage, de la trace, du relevé. D’autres ouvrent des géographies plus intérieures, plus spéculatives, parfois presque cosmiques. Cette pluralité empêche toute lecture plate.

Le mérite de Géopoétiques tient aussi à sa retenue. L’exposition ne cherche ni le spectaculaire, ni l’explication forcée, ni la séduction immédiate. Elle laisse les œuvres respirer. Elle laisse au visiteur son temps. Dans une époque saturée d’images rapides et de discours qui soulignent tout, cette économie du regard a quelque chose de salutaire.

C’est là que la proposition devient réellement intéressante. Elle ne prétend pas simplifier le monde. Elle le rend à nouveau sensible. Elle rappelle qu’un paysage peut encore dérouter, qu’un territoire peut encore contenir de l’inconnu, et que l’art contemporain reste vivant lorsqu’il ne se contente pas d’illustrer une idée, mais trouble légèrement nos habitudes de perception.

Informations pratiques

  • Exposition : Géopoétiques
  • Lieu : PloumExpo, 9 rue Kergillouard, 22970 Ploumagoar
  • Dates : du 4 avril au 23 mai 2026
  • Vernissage : vendredi 3 avril 2026 à 18 h 30
  • Horaires : du mardi au samedi, de 14 h 30 à 18 h
  • Tarif : entrée gratuite
  • Téléphone : 02 96 11 10 10