On va où ? : l’application bretonne qui veut sécuriser les trajets à vélo, trottinette et moto

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La start-up rennaise Baltee Mobility lance « On va où ? », une application de navigation destinée aux cyclistes, trottinettistes et motards. Pensée comme un GPS communautaire de sécurité, elle combine itinéraires adaptés, signalement des dangers, bouton SOS, détection de chute et entraide entre usagers.

Partager la route est devenu l’un des grands défis de la mobilité urbaine. Entre vélos classiques, vélos électriques, trottinettes, scooters, motos, automobilistes pressés, voies cyclables discontinues et carrefours mal lisibles, les trajets quotidiens ressemblent parfois à une négociation permanente avec le danger. C’est précisément dans cet espace de fragilité que s’inscrit « On va où ? », nouvelle application lancée par la start-up bretonne Baltee Mobility.

Présentée comme une sorte de « Waze des deux-roues », l’application ne se limite pas à indiquer le chemin le plus court ou le plus rapide. Son ambition est autre. Elle veut aider les utilisateurs de vélos, trottinettes et motos à choisir des trajets plus sûrs, à éviter les zones dangereuses, à signaler les obstacles rencontrés et à ne pas rester seuls en cas de chute ou d’accident.

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Une application née à Rennes

Derrière « On va où ? », on retrouve Baltee Mobility, jeune entreprise rennaise fondée autour d’Armand Fourtané et de son père Jean-Baptiste Fourtané. La société s’était déjà fait connaître avec le B01, un assistant de sécurité connecté pour vélos et trottinettes, commercialisé à partir de mars 2025.

Ce boîtier regroupait plusieurs fonctions pensées pour les mobilités légères, notamment une alarme antivol, un avertisseur sonore, une détection de chute et un bouton d’urgence. Avec « On va où ? », Baltee prolonge cette logique, mais en la déplaçant vers le téléphone mobile et la navigation quotidienne.

L’enjeu est simple à formuler, mais complexe à résoudre. Comment permettre aux usagers les plus exposés de mieux circuler dans un environnement routier encore très largement pensé pour l’automobile ? Comment faire remonter les dangers du terrain ? Comment créer une communauté d’entraide entre personnes qui, souvent, se croisent sans se connaître mais partagent les mêmes vulnérabilités ?

Un GPS pensé pour la sécurité plutôt que pour la vitesse

La promesse de l’application repose d’abord sur une navigation adaptée. Là où les GPS généralistes privilégient souvent le temps de parcours, « On va où ? » met en avant la sécurité. L’application doit permettre d’identifier des itinéraires plus pertinents pour les deux-roues, en tenant compte des axes plus calmes, des pistes cyclables, des zones moins exposées ou des portions jugées plus favorables aux déplacements doux et motorisés légers.

Cette nuance est importante. Pour un automobiliste, gagner deux minutes peut sembler déterminant. Pour un cycliste ou un utilisateur de trottinette, éviter un rond-point dangereux, une avenue trop rapide ou un carrefour anxiogène peut compter davantage. Le bon trajet n’est pas toujours le plus direct. C’est parfois celui qui permet d’arriver sans frayeur.

En ce sens, « On va où ? » s’inscrit dans une transformation plus large de la mobilité. Les villes encouragent les déplacements à vélo et les usages partagés, mais les infrastructures restent inégales. Les pistes cyclables s’interrompent, les automobilistes ne respectent pas toujours les distances, les trottinettes occupent une place encore mal stabilisée dans l’espace public, et les motards demeurent particulièrement exposés aux angles morts, aux refus de priorité et aux chaussées dégradées.

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Signalements, entraide et logique communautaire

Le rapprochement avec Waze vient surtout de la dimension communautaire. Les utilisateurs peuvent signaler des dangers, obstacles, accidents, zones à risque ou problèmes rencontrés sur leur parcours. L’information remonte ensuite aux autres membres de la communauté, afin de rendre les trajets plus lisibles et plus sûrs.

Cette intelligence collective peut devenir précieuse dans un contexte où les dangers sont souvent très localisés. Un trou dans la chaussée, une piste encombrée, un chantier mal signalé, une zone où les voitures stationnent régulièrement sur l’espace cyclable, une intersection particulièrement accidentogène : autant de réalités que les cartes classiques documentent difficilement en temps réel.

Le pari de Baltee consiste donc à faire des usagers eux-mêmes les capteurs vivants de la route. Chaque trajet devient une source d’information. Chaque alerte peut éviter une chute à quelqu’un d’autre. La sécurité cesse d’être seulement individuelle pour devenir partagée.

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Bouton SOS et détection de chute

L’autre volet majeur de l’application concerne l’assistance en cas d’incident. « On va où ? » intègre un bouton SOS, permettant d’envoyer une alerte avec la position de l’utilisateur. L’application comporte aussi une fonction de détection automatique de chute. En cas d’accident, si l’utilisateur ne répond pas à l’alerte, ses proches peuvent être prévenus et une aide peut être sollicitée.

Ce type de dispositif répond à une inquiétude très concrète. Beaucoup de cyclistes, de trottinettistes ou de motards roulent seuls, parfois tôt le matin, tard le soir, sur des axes peu fréquentés ou dans des secteurs mal éclairés. Une chute peut sembler banale lorsqu’elle survient à faible vitesse. Elle peut pourtant devenir grave si la personne reste au sol, désorientée, blessée ou incapable d’appeler.

La fonction SOS ajoute ainsi une couche de réassurance. Elle ne remplace évidemment ni les secours, ni la prudence, ni les infrastructures sécurisées. Mais elle peut réduire le temps d’isolement après un accident et alerter plus rapidement l’entourage.

Une fonction dashcam pour documenter les incidents

L’application propose également une fonction de type dashcam. En cas de choc ou d’activation d’une alerte, elle peut enregistrer une séquence vidéo. Cette fonction peut servir à documenter un accident, une incivilité ou une situation litigieuse, notamment pour les démarches auprès d’une assurance ou des autorités compétentes.

Là encore, le sujet est sensible. Les usagers vulnérables se plaignent souvent de ne pas pouvoir prouver ce qu’ils ont subi. Une queue de poisson, une portière ouverte brutalement, un dépassement dangereux, une altercation ou un refus de priorité se jouent parfois en quelques secondes. La possibilité de conserver une trace vidéo peut contribuer à rééquilibrer le rapport de preuve.

Cette évolution interroge aussi notre rapport à la route. Plus les conflits d’usage s’intensifient, plus les usagers ressentent le besoin de se protéger, de s’enregistrer, de documenter leurs trajets. L’application témoigne ainsi d’une double réalité : la progression des mobilités douces et la persistance d’un sentiment d’insécurité dans l’espace routier.

Un lancement dans un contexte favorable

Le lancement de « On va où ? » intervient à un moment où la question de la sécurité des deux-roues est devenue centrale. Les politiques publiques encouragent fortement le vélo et les mobilités alternatives, mais l’accidentologie rappelle la vulnérabilité de ces pratiques. Les cyclistes, utilisateurs d’engins de déplacement personnel motorisés et motards restent fortement exposés aux blessures graves.

La promesse de Baltee répond donc à une attente réelle. Les utilisateurs veulent des itinéraires plus intelligents, mais aussi une protection active. Ils ne cherchent plus seulement à aller d’un point A à un point B. Ils veulent savoir par où passer, quels dangers éviter, qui peut être alerté en cas de problème et comment ne pas se retrouver seuls face à l’accident.

La dimension bretonne du projet ajoute un intérêt local. Rennes, comme de nombreuses métropoles, connaît une forte progression des déplacements à vélo et une recomposition rapide de ses usages urbains. Les conflits entre modes de transport y sont visibles, comme ailleurs. Une start-up issue de ce territoire tente donc d’apporter une réponse technologique à une transformation très concrète du quotidien.

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Gratuit, avec options premium

L’application est disponible sur iOS et Android. La partie navigation est présentée comme gratuite, tandis que certaines fonctionnalités de sécurité avancées relèvent d’une offre payante. Selon les informations disponibles, l’abonnement premium est proposé autour de 3,99 € par mois, avec une période d’essai initiale.

Ce modèle économique est cohérent avec le positionnement du service. La navigation doit attirer une communauté suffisamment large pour rendre les signalements utiles. Les fonctions de sécurité avancée, elles, constituent la valeur ajoutée monétisable de l’application.

Une promesse à confirmer par l’usage

Comme souvent avec les applications communautaires, la réussite dépendra du nombre d’utilisateurs actifs. Plus la communauté sera dense, plus les signalements seront nombreux, récents et pertinents. À l’inverse, une application de ce type perd une partie de sa force si elle reste cantonnée à une base d’utilisateurs trop réduite.

Le défi de Baltee sera donc double. Il faudra convaincre les cyclistes, trottinettistes et motards d’adopter un nouvel outil de navigation. Il faudra aussi faire vivre la communauté, maintenir la fiabilité des alertes, éviter les signalements approximatifs et assurer une expérience suffisamment fluide pour ne pas détourner l’attention de la route.

Mais l’intuition est forte. À mesure que les mobilités légères se développent, les usagers réclament des outils conçus pour eux, et non de simples adaptations de services pensés d’abord pour l’automobile. « On va où ? » part de cette idée simple : un cycliste, un trottinettiste ou un motard ne se déplace pas comme un conducteur de voiture. Il n’a pas les mêmes besoins, pas les mêmes risques, pas les mêmes réflexes.

Avec cette application, Baltee Mobility ne prétend pas résoudre à elle seule les problèmes de cohabitation routière. Les infrastructures, la réglementation, l’éducation des conducteurs et l’aménagement urbain demeurent essentiels. Mais elle propose un outil de terrain, pensé pour ceux qui roulent chaque jour à découvert, entre prudence, vigilance et désir de liberté.

Le « Waze des deux-roues » n’est peut-être pas seulement un GPS. C’est le symptôme d’une époque où la route devient un espace partagé, disputé, surveillé, mais aussi plus solidaire. Une époque où l’on ne demande plus seulement : « quel est le chemin le plus court ? », mais plus simplement, et plus humainement : « On va où, sans se mettre en danger ? »

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Nolwenn Denis
Nolwenn Denis suit les battements de l’Ille-et-Vilaine au plus près du terrain. À Rennes et dans ses environs, elle raconte ce qui traverse un territoire — ses élans, ses fragilités, ses initiatives, ses secousses aussi. Culture, société, environnement, vie locale : son regard s’attache à ce qui fait la texture du quotidien et la singularité bretonne.