Paris. Le Palais de la femme, 100 ans de protection et d’engagement solidaire

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Palais de la femme

Avec sa remarquable façade Art nouveau, le Palais de la Femme, dans le 11e arrondissement de Paris, est l’un des lieux sociaux les plus singuliers de la capitale. Fondé en 1926 par l’Armée du Salut, ce bâtiment dédié à l’accueil, à la protection et à la reconstruction des personnes vulnérables célèbre en 2026 un siècle d’existence.

Dans un monde en constante évolution, le Palais de la Femme est resté fidèle à sa mission fondatrice : offrir un toit, un cadre digne, un accompagnement humain et des perspectives d’avenir aux personnes que la vie a fragilisées. Depuis 1926, l’établissement s’adapte aux réalités sociales de chaque époque sans renoncer à ses valeurs d’accueil, de respect et de solidarité. Aux jeunes ouvrières et travailleuses venues seules à Paris ont peu à peu succédé des femmes isolées, des familles monoparentales, des personnes exilées, des mères avec enfants, mais aussi quelques hommes en situation de vulnérabilité. En un siècle, des dizaines de milliers de personnes y ont trouvé refuge, soutien et point d’appui.

Palais de la Femme à Paris

Histoire du Palais de la Femme

Le bâtiment, vaste ensemble d’environ 13 000 m² situé au 94, rue de Charonne, est construit en 1910 par les architectes Auguste Labussière et Célestin Longerey. Imaginé pour le Groupe des maisons ouvrières, il constitue alors un hôtel populaire destiné à accueillir des travailleurs célibataires. Il compte plusieurs centaines de chambres et des espaces collectifs modernes pour l’époque, dans un esprit à la fois social, hygiéniste et architecturalement ambitieux.

La Première Guerre mondiale bouleverse l’histoire du lieu. Réquisitionné, l’édifice devient un hôpital militaire secondaire accueillant des soldats blessés ou convalescents. Après le conflit, il sert notamment d’annexe au ministère des Pensions avant de perdre progressivement sa première fonction. Dans le même temps, la société française doit faire face à l’immense précarité des veuves de guerre, des femmes seules et des travailleuses venues à Paris dans l’espoir d’y trouver un emploi, une chambre, une adresse, parfois simplement un peu de sécurité.

Façade historique du Palais de la Femme à Paris

En 1926, le site change de destin. Sous l’impulsion de Blanche Peyron (1867-1933) et d’Albin Peyron, figures majeures de l’Armée du Salut en France, le bâtiment est racheté et transformé en un grand foyer pour femmes. Blanche Peyron mène une vaste campagne de souscription, soutenue par des réseaux philanthropiques, protestants et par plusieurs donateurs, parmi lesquels la princesse de Polignac, Winnaretta Singer (1865-1943), héritière de la célèbre famille liée aux machines à coudre Singer. Le Palais de la Femme est officiellement inauguré le 23 juin 1926.

Le nom même de Palais de la Femme marque une rupture. Il ne s’agit pas seulement d’abriter, mais d’accueillir dignement. À une époque où l’accès au logement pour les femmes seules reste difficile, ce lieu offre des chambres, une adresse, des espaces collectifs, une protection concrète et un cadre permettant de reprendre pied. Durant près de quatre-vingts ans, il demeure l’un des plus grands foyers féminins d’Europe, avec jusqu’à 720 chambres.

Aujourd’hui, le Palais de la Femme reste géré par la Fondation de l’Armée du Salut. Après une importante réhabilitation menée entre 2006 et 2009, il compte environ 350 logements et accueille plus de 400 personnes, dont une majorité de femmes et un nombre important d’enfants. L’établissement est dirigé par Christophe Piedra. Il joue toujours un rôle essentiel dans la lutte contre l’exclusion, en combinant hébergement, accompagnement social, insertion, soutien à la parentalité, aide aux jeunes majeurs et vie collective.

Christophe Piedra au Palais de la Femme
Christophe Piedra dirige le Palais de la Femme

Le Palais de la Femme est aussi un lieu patrimonial remarquable. Sa façade Art nouveau, ses mosaïques, ses ferronneries, ses vitraux, ses boiseries, ses pianos, ses tableaux et certains éléments décoratifs conservés témoignent de l’histoire du bâtiment. La salle Joséphine Baker, vaste espace lumineux surmonté d’une verrière, rappelle l’ambition première du lieu : offrir du beau à celles et ceux que la société relègue trop souvent dans des espaces pauvres, invisibles ou dégradés. Aujourd’hui proposée à la location, cette salle participe aussi à l’ouverture du Palais sur la ville.

Entrée de la salle Joséphine Baker au Palais de la Femme
L’entrée de la salle Joséphine Baker

Cette attention portée au beau n’est pas décorative. Elle constitue une part de la mission sociale du Palais. Expositions, ateliers, projets artistiques, fresques murales et rencontres avec des artistes contribuent à faire du bâtiment un lieu vivant. L’association Garidell14 y a notamment organisé des expositions autour de femmes artistes urbaines, dans une démarche qui relie création, visibilité et reconstruction. Le Palais accueille également des initiatives culturelles et collectives qui permettent aux résidentes de renouer avec une forme de vie sociale, d’estime de soi et de présence au monde.

Depuis 2020, le Palais de la Femme abrite aussi une crèche, le Palais des Enfants. Ouverte à une quarantaine d’enfants âgés de 12 semaines à 3 ans, elle accueille à la fois des enfants de familles hébergées sur place et des enfants du 11e arrondissement. Cette mixité sociale, pensée comme un principe éducatif, permet d’accompagner les familles dans un cadre bienveillant tout en inscrivant davantage le Palais dans la vie du quartier.

Les nouveautés du Palais de la Femme en 2026

L’année 2026 est celle du centenaire. Le Palais de la Femme entend faire de cet anniversaire non seulement un moment de mémoire, mais aussi une manière de rendre visibles les personnes accompagnées, les équipes, les bénévoles et les partenaires qui font vivre le lieu au quotidien.

Un salon de thé éphémère doit ouvrir ses portes au niveau de l’accueil du 9 au 29 juin 2026. Le projet prévoit quarante places assises, un service au comptoir et la possibilité d’emporter des pâtisseries. Si l’expérience rencontre son public, elle pourrait être prolongée. Cette initiative s’inscrit dans la volonté d’ouvrir davantage le Palais sur son quartier, sans perdre de vue sa vocation sociale.

Le Palais de la Femme devrait également ouvrir ses portes au public à l’occasion des Journées européennes du matrimoine, les 19 et 20 septembre 2026. Ce rendez-vous permettra de redécouvrir le rôle de Blanche Peyron, mais aussi l’histoire plus large de celles qui ont habité, traversé, soutenu ou fait vivre ce bâtiment depuis un siècle.

D’autres projets accompagnent ce centenaire. Une bande dessinée intitulée Blanche, une victorieuse – Naissance d’une armée contre la misère, réalisée dans le cadre d’un partenariat avec l’école des Gobelins, doit retracer la jeunesse de Blanche Peyron et la naissance de son engagement social. L’album est annoncé aux éditions Bibli’O à l’occasion des 100 ans du Palais de la Femme, en octobre 2026.

Le Palais de la Femme poursuit aussi son développement au-delà de la rue de Charonne. Parmi les projets annoncés figure la gestion prochaine du foyer de Nazareth, situé dans le 15e arrondissement, au 101, rue Olivier-de-Serres. L’équipe porte également un projet de centre d’hébergement d’urgence à Neuilly-sur-Seine, dans les Hauts-de-Seine, au sein de l’enceinte de la congrégation des sœurs hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve. L’ouverture est prévue au début du second semestre 2026. Le site disposerait d’une soixantaine de places pour des femmes avec enfants.

Cent ans après son inauguration, le Palais de la Femme demeure ainsi un lieu rare : un bâtiment patrimonial, un centre d’hébergement, un espace d’accompagnement social, un lieu de mémoire et un laboratoire discret d’hospitalité urbaine. Son histoire rappelle qu’une société se juge aussi à la manière dont elle accueille les personnes qui n’ont plus d’adresse, plus de protection ou plus de relais. À Paris, derrière la façade Art nouveau de la rue de Charonne, cette promesse continue de s’écrire.

Infos pratiques

Palais de la Femme
94, rue de Charonne
75011 Paris
Contact : 01 46 59 30 00

Plus d’informations sur le site du Palais de la Femme

Sources

Palais de la Femme – Fondation de l’Armée du Salut ; Ville de Paris ; Fondation de l’Armée du Salut, article « 100 ans de vies transformées au Palais de la Femme » ; pages officielles du Palais de la Femme consacrées à son histoire, à ses actions, à la crèche du Palais des Enfants et à la salle Joséphine Baker.

Martine Gatti
Martine Gatti est une jeune retraitée correspondante de presse locale à Paris et dans le pays de Ploërmel depuis bien des années.